indice IV [head] (2006)

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indice IV [head] (2006)

La pensée comme la nature se cherchent des racines dans l'avenir. Elles n'existent qu'en prospectant, en cherchant, en s'aventurant.
Chaque photographie devient un espace générateur de pensées, de rêves, de projets, elle nous prête à saisir le « réel ».
Dans son discours de réception du prix Nobel de littérature 1987, le poète russe Joseph Brodsky note que « toute réalité esthétique nouvelle aide l'homme à préciser sa propre réalité éthique… un choix esthétique est toujours individuel, une souffrance esthétique est toujours une souffrance personnelle. Toute réalité esthétique nouvelle fait de l'homme qu'elle a touché une personne encore plus privée, et ce caractère privé qui prend parfois la forme du goût littéraire ou autre peut être par lui-même sinon une garantie, du moins une forme de protection contre l'asservissement ».
Les propositions visuelles imposées par les médias nous conduisent à une certaine conception irréel du corps mort. Nos mémoires sont hantées par ces corps étendus qui se fondent dans le décor et qui sont accumulés sans plus aucune épaisseur ni émotion. Ces photographies, d’aspect documentaire, immortalisent, le temps d’un instant, ces matières uniques et éphémères que la Nature nous dissimule. Chaque tirage se propose à la fois comme une confidence et comme une question sur la vie et sur l'art. C'est aussi une tentative d'universalisation par le choix des sujets. L’ensemble photographique dessine les mémoires de l’animal sauvage. Le monde végétal établit une relation entre la vie et la mort aux limites de l'intimité mortuaire animale.
“En fait de poussière, considérée alors comme rappel des origines et souvenance des fins, sais-tu qu’après notre mort, nos charognes sont dépecées par des vers différents, suivant qu’elles sont obese ou qu’elles sont maigres? Dans les cadavres des gens gras, l’on trouve une sorte de larves, les rhizophages; dans les cadavres des gens secs, l’on ne découvre que des phorax. Ceux-là sont évidemment les aristos de la vermine, les vers ascétiques qui méprisent les repas plantureux, dédaignent le carnage des grosses mamelles et le ragout des bons gros ventres. Dire qu’il n’y a même pas d’égalité parfaite dans la façon don’t les larves préparent la poudre mortuaire de chacun de nous!” [Joris-Karl Huysmans, p38, Là-Bas 1891].
La mort est la cessation définitive de la vie d’un être humain, d’un animal et par extension de tout organisme biologique. [1. Cessation de la vie considérée comme un phénomène inhérent à la condition humaine ou animale. 2. Fin d’une vie humaine (ou animale), circonstance de cette fin. 3. Fin provoquée. 4. Terme de la vie humaine considéré dans le temps. 5. Arrêt complet et irréversibles des fonctions vitales (d’un organisme, d’une cellule) entraînant sa destruction progressive].
La nature morte se compose dans le temps. Les effets d’une vie extérieure la condamne à se transformer au grés du temps et des passages…
Les Vanités sont un type de peinture (début 17°s) illustrant de façon symbolique de l’inéluctabilité de la mort, la fragilité des biens terrestres et de la futilité des plaisirs.
Ces “arrêts sur images” n’appartiennent pas au registre documentaire. Ils présentent des informations à travers un aspect esthétique. Ces photos sont de l’ordre de la contemplation et de la meditation, elles nous renvoient à nous-mêmes.
Charles Baudelaire écrivait que “[…] le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouïr.” (Les fleurs du mal)
J’interviens en observant le site et la photographie me permet de receuillir les indices d’un processus, d’une existence donnant naissance à d’autres vies. A travers la couche photosensible, une odeur émerger du sujet photographié, son atmosphère est ressentie par nos sens. Selon la géologie du site lors de la “chute irreversible”, , du climat et du passage des “prédateurs” intervenant dans le cycle de la vie, le cadavre animal s’exprime dans sa lente dégradation.
“Cette chair puante, pourrissante, cette puanteur insupportable, l’odeur nous submerge, […]” odeur de pierre et de terre, nos narines hapent l’air frais ou se contiennent devant le spectacle écoeurant … La vie apparait à tavers le charnier…
Ces images nous donnent à voir le monde tel que l'on ne le voit pas ou si l'on veut tel qu'on devrait le voir si l'on percevait en même temps le réel de chaque chose.
Le thème de la métamorphose est omniprésent dans mon travail de volume et d’images photographiques. Le sujet de l’animal me permet d’articuler une double question : l’une concerne le statut de l’image, l’autre le statut du corps. Réduits au statut de doubles ou de reflets d’une humanité malade, les animaux, dans la société occidentale, sont dépossédés de ces questions qu’ils adressent aux hommes tant sur leur manière d’être présents au monde que sur leur désir profond de métamorphose. La notion de mort est l'essence de notre conception du temps.
Le recours à une sorte d’imaginaire visuel animal permet d’affiner la critique du monde humain et de la mimésis en particulier. Les animaux sont la voix de la nature. La nature n’est pas un monde idéalisé, mais une puissance de transformation de notre rapport au corps.
L'ensemble de ce travail se réclame de la mémoire en action. « C'est-à-dire un processus par lequel nous, individus ou groupes, nous devenons ce que nous sommes …/…(et) à nous-mêmes en tant que nous restons toujours à venir, en tant que nous avons toujours un avenir, en tant que nous sommes essentiellement sur le mode du futur, en tant que nous consacrons la totalité de notre énergie et de notre souci à tenter d'anticiper (le plus souvent en vain, mais non sans effets) ce que nous devenons -et même ce qu'après nous le monde deviendra ».
Face à l'obsession de l'homme dans sa conquête du temps et de la nature, j’adopte une position critique en jouant de phénomènes tels que l'éphémère, la décomposition et le nomadisme. Je m’interresse à la mémoire et au vivant. Je cherche à confronter avec les époques, les milieux, à jouer avec la curiosité d’un spectateur/acteur.